Je suis historienne et théoricienne du design graphique et professeur dans l’option design graphique à l’école des Beaux-Arts de Valence. Je m’intéresse beaucoup aux questions des médias, à leur histoire, à celle de la matérialité du texte. J’écris des articles, j’organise des colloques et il m’arrive de donner des conférences, en général dans d’autres écoles d’arts.
Que veut dire pour vous, l’Identité numérique ?
J’aurais envie de dire que, en l’état, ce sont deux notions contradictoires. Historiquement, le terme « identité » s’inscrit dans la durée, dans une certaine pérennité. C’était véritablement le signe d’une singularité que l’on pourrait définir comme l’absence officielle de masque. L’identité, c’est celle qui figure sur la carte d’identité ; celle que l’on confère aux codes vestimentaires, aux codes du mobilier. C’est un parcours personnel, une histoire personnelle. Et la notion d’identité, de ce point de vue, semble contradictoire avec l’environnement numérique extrêmement malléable, en constante transformation, en constant déplacement et mouvement. Et j’aurais envie de dire que ce que permet le numérique, c’est de cacher son identité et de porter des masques.
Et dans la mobilité ?
Mon adresse mail reprend très basiquement mon nom et mon prénom (prénom.nom). Là c’est un affichage de mon identité officielle, administrative/avérée. Je ne pratique pas « Facebook » et les réseaux sociaux, mais j’y ai pensé. Je m’étais dit que si je devais m’inscrire sur « Facebook », je devrais adopter un pseudo. Je ne souhaiterais pas nécessairement affirmer mon identité avérée. J’aurais plutôt envie de mettre un masque, un peu comme dans ce jeu « SecondLife » où l’on crée son avatar.
En fait, la mobilité dans le numérique permet une strate d’identités. Ca ne signifie pas que ce que j’appelle les pseudos ou les masques soient des mensonges. Je pense qu’un avatar, par exemple, on le définit en fonction de ses propres fantasmes. De même, on ne définit pas ses pseudos de manière innocente, anodine. L’identité dans la mobilité représente une possibilité de stratifier son identité ; de garder tout au fond de sa tête son identité avérée, et pouvoir circuler socialement dans l’espace du net sous des masques plus ou moins complexes. Et c’est une manière probablement de préserver la distinction entre sa vie privée et la vie publique ; c’est une manière de se protéger d’une forme de sur-exposition.
Que pensez-vous des nouveaux téléphones mobile, qui permettent d’être connectés partout et tout le temps, avec une démultiplication des points d’accès. Comment gérer ses identités ?
Ce n’est pas dans mes usages. J’en suis encore au téléphone portable qui,en même temps, est un très mauvais appareil photo. Mais je prévois de rentrer en possession d’un IPhone, parce que, a priori, cela m’amuserait (la dimension ludique de l’objet, ce qu’il permet). Si je ne l’ai pas encore acheté, c’est probablement parce que je résiste à ce que je perçois comme une forme de dépendance. Cela peut paraître un peu ringard mais malgré les diverses formes d’identité numérique que peut adopter un seul individu, je pense qu’il ne faut pas se leurrer. Même si l’identité est stratifiée, même si elle se cache derrière des masques, des filtres et des paravents, il y a néanmoins, derrière, l’existence d’un individu. Et je n’ai pas envie d’être une individue surdéterminée par les connexions permanentes. Etre connecté en permanence, c’est être soumis à la permanence du bruit ; c’est être immergé dans les bruits visuels, sonores. Je pense que chaque individu est un mélange de liens (de connexions) et de solitude ; pas la solitude subie, mais la solitude comme le retrait ponctuel et volontaire dans son propre silence. Et je crois que j’ai envie de préserver cette solitude !
Pour vous, quels seraient alors les enjeux des identités numériques mobiles ?
Si je suis du côté du verre a moitié vide, l’un des risques est le contrôle des consciences et des individus : par exemple, quand on passe dans une galerie marchande avec son portable, que l’on est repéré,et que l’on reçoit de la publicité contextuelle. Et je trouve cette possibilité insupportable ! Là, on est dans le domaine du marketing… je suis assez pessimiste sur le devenir de la liberté individuelle indissociable du désir de solitude. Mais si je suis du côté du verre a moitié plein, je pense que cette connectivité, cette capacité de connexion peut être un outil extraordinaire pouvant se constituer justement en contre-pouvoir, permettant de rendre extrêmement mobiles des collectifs, des individus dans des contextes difficiles ; permettant d’être lié/relié. Dans ce contexte, « lié » n’est pas absolument synonyme de « relié ». « Relié », c’est la connexion ; le lien c’est encore autre chose…
Quelle prévisions pour 2012 ?
J’aurais peut être un IPhone :-)
Je n’ai pas de prévision a formuler, mais disons des souhaits !
Notre culture numérique produit de nouveaux analphabètes. Il ne suffit pas de posséder les objets ; il ne suffit pas d’être connecté ; il ne suffit pas de surfer sur le net pour maîtriser cette culture numérique. Alors si j’avais un souhait, ce serait que l’on transforme profondément le système scolaire ; que soit transmise une pensée, une culture de la technique et de la technologie ; que cette transmission soit accompagnée de l’apprentissage des langages de programmation comme on apprend à déchiffrer l’alphabet ou une partition ; que l’on cesse de considérer ces textes que sont les programmes comme dénués de pensée et d’intentions. S’il faut parler de « fracture numérique », alors il faut la situer là : non pas dans la possession des objets, mais dans la conscience et la connaissance de ce qu’ils sont, de ce qu’ils rendent possible, de ce qu’ils transforment. Bref, mon souhait serait que soient affrontés enfin, les transformations que le système des technologies liées imposent à la culture historique.
Bonjour Jéremy? Qui êtes-vous ? Que faites-vous dans la vie ?
Je suis Jéremy Coxet, directeur conseil de l’agence Vanksen, agence de communication ayant une origine historique dans le marketing 2.0, les formes de communication alternative. On ne se positionne pas sur la publicité intrusive, le « 1.0″ d’antan, mais on créé des expériences de marques que l’on va pouvoir faire vivre aux consommateurs. Je m’occupe du conseil et je chapeaute le pôle des consultants à Paris, Genève et Luxembourg. Donc je suis amené à être en contact avec les clients, répondre à des briefs client, à accompagner des chefs de projets ou des directeurs de clientèle pendant la durée de vie d’un projet avec un client.
Que signifie pour vous la notion d’identité numérique ? Dans votre quotidien et dans votre travail ?
Pour moi, cela évoque des formes d’expression et de représentation, les avatars que l’on va pouvoir adopter sur internet (en particulier sur les blogs, facebook, twitter etc).Il y a aussi les certifications d’identité avec les outils d’open ID et autres, ou encore ma position de consommateur avec mon profil ebay, amazon, ou en tant que collaborateur sur les encyclopédies comme wikipédia. C’est pour moi toutes les représentativités de mon identité physique sur internet. Cela rejoint les notions de personal branding sur internet, lorsque l’on se présente avec son nom réel. Les identités numérique et physique sont tellement proches qu’aujourd’hui beaucoup de recruteurs utilisent Google.
Il y a des façons de gérer son identité avec plusieurs niveaux d’accès, que se soit sur facebook avec les différents groupes auxquels j’appartiens, les publications que l’on choisit de diffuser à tel groupe, même chose sur twitter. L’identité numérique publique, à un niveau individuel, est quelques chose que l’on peut travailler, et à laquelle on peut donner de l’attrait en vue d’éventuels recruteurs, de clients, de collaborateurs susceptibles de faire de petites recherche sur Google. Maintenant, il y a des réseaux plus orientés « professionnel » comme Linkedin ou Viadeo (qui est une spécificité française) et les réseaux fermé comme Facebook même si la visibilité de facebook est de plus en plus importante. C’est pourquoi il est intéressant d’utiliser les nouveaux dispositifs de mise à jour de statuts, qui permettent de choisir les personnes à qui on publie l’information, et donnent une granularité plus fine.
Il y a, entre tous ces reseaux sociaux, différent niveaux d’interphasage. Linkedin a permis de mettre a jour son statut, de publier de l’information a partir de twitter, de facebook et les informations qui se retrouve sur facebook ou twitter n’ont pas leur place sur linked in etc. Il y a donc des possibilités de choisir le type d’information, l’endroit où elle va être publiée avec différents outils. Sur facebook, cela prend un certain temps de catégoriser sa liste d’amis, d’être vigilant à chaques ajout d’amis etc. S’agit-il d’une liste de collègues, d’amis, de collaborateurs? Est-ce public ou privé? Si c’est rédhibitoire dans un premier temps, ça prend ensuite toute sa puissance, une fois que l’on exploite vraiment cette option. Ça fait 6 ou 9 mois que cette option a été annonceé donc on l’attendait vraiment. Je pense que ça permet a certaines personnes de ne pas multiplier les profils (profil privé, perso et pro) et je pense qu’on doit sensibiliser le grand public à cette notion de confidentialité, de perméabilité des informations privées et professionnelles.
Il y a aussi l’identité des entreprises, l’e-reputation. Comment parle-t-on d’une marque sur les réseaux sociaux? C’est de plus en plus au coeur des préoccupations des entreprises de se dire que leur consommateur ne les a pas attendu pour parler. Plutôt que de parler chacun de leur coté, autant prendre part de manière assumée au débat et pas en mode « infiltration des conversations ». Il importe d’écouter et d’utiliser toutes ces formidables bases de données, de data, pour faire des remontées marketing sur les impression des consommateurs. Il y a un vrai chantier en cours et une révolution pour les marque dans leur manière d’appréhender les consommateurs et savoir où ils se trouvent.
Qu’est ce que, selon vous, les enjeux de l’identité dans la mobilité? Pouvez-vous nous donner des exemples d’usages nouveaux ?
La mobilité est le tournant de cette année. Je pense qu’on va mixer de plus en plus le reseau social, le mobile avec les données GPS, avec une explosion dans les 6 mois de l’utilisation de Foursquare, qui a pas mal décollé contrairement à Latitude de Google. Je pense qu’on va pas mal en entendre parler dans les mois a venir. Ça ne va pas éclipser Facebook mais c’est une sur-couche, un plugin a ajouter sur son identité numérique sociale dans la mobilité. Les risques sont croissants en termes de traking des personnes et il faut se méfier des dérives et bien savoir utiliser l’outil. Il y a pas mal de perspectives en termes de commerce de proximité avec Foursquare (on fait un checking des restaurants aux alentour, des pubs…). Foursquare peut proposer des pubs géo-localisées. Il y a un vrai marché là-dessus. Une grosse tendance chez Google, c’est l’advertising sur téléphone portable avec des adwords contextuels et géo-localisés. Il y a ici de vrais enjeux en termes de marketing.
Quels sont les enjeux de l’identité numérique mobile ?
Tout ce rejoint selon moi. On peut avoir le stress de l’identité numérique mobile avec la récupération de données par de grosses firmes publicitaires. Mais des entreprises comme Google donnent la possibilité de contrôler ses données, de les publier ou non. cela rejoint clairement les enjeux de l’identité mobile, la confidentialité, le respect de la vie privée etc… Maintenant, si les barrières sont placées au bon endroit, ça ne peut être qu’un avantage pour l’utilisateur de ne pas avoir de pubs venant d’un restaurant qui se trouve a 300 km de l’endroit où il se trouve. Ce sont aussi des services qui sont utiles, un peu comme le cyber-comportemental dont certain se plaignent. Mais, personnellement, si mes données ne sont pas utilisées à d’autres fins que celles qui correspondent a mes attente - j’avoue que les crème dépilatoires ne rentrent pas dans ce qui m’intéresse -, autant avoir de la pub qui correspond a mes comportements d’achat. Ce qui compte, c’est que les barrières soient être bien placées en termes d’exploitation des données.
Ikoox est un réseau social novateur qui propose un système de géolocalisation pour qu´à tout moment vous soyez informé de l´endroit où se trouve vos amis et qu´eux sachent où vous êtes.
Grâce à Ikoox, vous pourrez discuter, échanger tout ce que vous avez envie de partager et ce en toute liberté et dans la plus grande discrétion. En effet ce nouveau réseau est sécurisé et seuls ceux que vous aurez choisis pourront entrer en contact avec vous. La géolocalisation et l’atout qui fait la différence plus besoin de passer votre temps à contacter vos amis pour leur dire que vous bougez, il leur suffit d’aller sur Ikoox et ils savent si vous êtes près de chez eux ou trop loin pour une rencontre.
Ikoox se veut être un réseau qui réuni les personnes sans que cela reste virtuel chacun chez soi. C’est un vrai réseau d’échange et d’amitié.
1. Bonjour Giuseppe, pourriez-vous vous présenter ? Quel est votre parcours ?
Je m’appelle Giuseppe Attoma. Je dirige l’agence qui porte mon nom, basée à Paris et spécialisée en design d’interaction et design de services. L’agence existe depuis une dizaine d’années et nous intervenons auprès de grands comptes comme Orange, Thales, la SNCF, la RATP, Keolis et d’autres.
Je suis autodidacte. J’ai fait des études d’architecture et de sciences de la communication en Italie, mais je ne les ai pas terminées car j’ai commencé à travailler en tant que dessinateur de bandes dessinées. J’ai fait ça pendant un certain temps avant de commencer à m’intéresser au design graphique, et par là même au design d’information. Finalement, il y a une continuité assez évidente entre la bande dessinée et ce que je fais aujourd’hui : la notion de story-telling, d’architecture des contenus, de scénarisation…
2. Comment définiriez-vous, en tant que designer et dans votre vie quotidienne, la notion de «mobilité» ?
Nous vivons dans un espace en 3 dimensions, dont nous percevons la profondeur. Elle nous appelle à le traverser, à l’explorer, à le naviguer. C’est dans notre nature la plus profonde. La mobilité commence ici : moi, individu unique, je me déplace dans l’espace, je le traverse. Durant ce temps-là j’ai des activités : je réfléchis, j’observe… Si je suis « transporté », j’ai une certaine autonomie ; je peux alors communiquer, m’informer, faire d’autres activités.
Ainsi, une première façon de définir la mobilité c’est de s’intéresser à tout ce qu’on met en place pour faciliter cette « nécessité » de déplacement et y répondre de façon de plus en plus efficace en termes de distances, de vitesse, et de services qu’y sont rattachés. C’est la question des infrastructures, physiques (les moyens et les réseaux de mobilité) aussi bien que mentales (la représentation des territoires et des réseaux de mobilité, l’information concernant le transport…), les deux niveaux étant bien entendu liés.
Par ailleurs, normalement, je me déplace pour une raison bien particulière (sauf si je flâne, ce qui est en quelque sorte une façon de se déplacer qui se suffit à elle-même). Ainsi, on pourrait dire que la mobilité c’est d’avoir un objectif de déplacement d’un point de départ vers un point d’arrivée. Je me déplace pour satisfaire certains besoins, ce qui m’amène à concevoir des stratégies de mobilité pour pouvoir les atteindre dans les meilleures conditions possibles.
Tout cela demande de la connaissance : déjà, il faut que je sache où je me trouve ; ensuite, il faut que je connaisse les ressources qui sont offertes par le lieu dans lequel je me rends. Ce lieu a une richesse qui lui est propre, un potentiel, que ce soit de services, de rencontres, d’activités… La géo-localisation est une façon d’accéder à cette connaissance de façon dynamique, mais c’est bien plus que cela : en permettant au système de me localiser, j’introduis dans ce même système une donnée concernant le lieu dans lequel je me trouve, et ceci de façon dynamique. Dès lors, le système devient le témoin de mon déplacement et j’instaure avec lui un dialogue. J’accepte ainsi de laisser des traces de mon trajet dans l’espace. Le système récupère ces données et il en fait quelque chose : il les cumule avec d’autres, il les traite, il les analyse, il les pondère, etc. La géo-localisation est liée à la question de la trace. Qu’est-ce que je suis disposé à céder, à partager, concernant la visibilité et la lisibilité de mon histoire personnelle, afin qu’un système en fasse un « quelque chose » que je ne vois pas et dont je ne maîtrise pas forcément tous les tenants et les aboutissants ?
3. Qu’évoque pour vous la notion d’« identité » numérique ?
La question de l’identité est liée précisément à cette notion de la trace. Car à partir du moment où, étant en situation de mobilité, je me déclare comme étant « localisable », alors je déclare un statut donc une identité qui est pertinente et prégnante par rapport à l’expérience spécifique de cette situation. A ce moment-là ma trace prend un sens qui lui est propre. Elle signifie une chose, et pas une autre. Pour moi la question de l’identité c’est celle de la relation de confiance qui existe avec un système, et le cas échéant avec une communauté. Quelle est la promesse ? Qu’est ce que j’ai en échange ? C’est-à-dire, si je cède une partie de ma personnalité (je partage une visibilité qui est intime), qu’est-ce que j’en obtiens en retour ? Quelle valeur j’attribue à ce retour ? Et comment je valorise ma « cession de droits » de cette expérience individuelle et unique ?
C’est une question de grande actualité. Parce que tout ce qui est lié à la géo-localisation et à la traçabilité, ouvre des champs de possibles, notamment en termes de services d’information à valeur ajoutée, gigantesques. La question est de savoir ce que nous, en tant que citoyens, en tant qu’usagers, en tant qu’êtres humains, avons envie de céder, quelle est la maîtrise que l’on a et que l’on souhaite avoir de cette information que l’on cède. Car je suis convaincu qu’il s’agit vraiment d’une part de nous même, c’est notre temps unique, notre motivation, notre désir, ce qui nous fait sortir dans la rue, se déplacer, aller dans un lieu donné à un moment donné…
C’est un enjeu sociétal qui est même en amont de la question de l’interaction et des services eux-mêmes. Il s’agit de savoir jusqu’à quel point on a envie d’être dans une société dans laquelle tout le monde est identifié, tout le monde laisse des traces, et quels sont les contre-pouvoirs et les systèmes de contrôle qu’on met en place.
Par exemple, quelle est la durée de vie de ces traces, dans une sorte de gigantesque mémoire numérique collective ? Ces données-là, qu’est-ce qu’elles deviennent ? A qui appartiennent-elles ? Est-ce que mon trajet m’appartient ? Est-ce une donnée personnelle ? Est-ce une donnée collective, à partir du moment où je suis dans l’espace public par exemple ? Est-ce une donnée de l’opérateur de transport, lorsque je suis dans son réseau ?
Aujourd’hui on se demande, dans les transports en commun, à qui appartiennent les données de l’exploitation en temps réel. L’opérateur organise son offre selon le contrat qui le lie à son autorité régulatrice, donc s’engage sur un horaire. C’est ce qu’on appelle le « temps théorique ». Cela appartient à tout le monde, parce que le temps théorique c’est le temps contractuel et c’est aussi l’information de base qui permet d’utiliser le réseau. En revanche, la donnée temporelle que l’exploitant produit par lui-même, générée dynamiquement par l’exploitation réelle (le train qui est réellement part de cette station à ce moment là, et accuse peut-être un retard, un décalage par rapport à l’horaire théorique), appartient à l’opérateur. Ça pose problème. Car dans une logique de partage des données, c’est à dire d’interopérabilité des données multimodales en temps réel, il faut se mettre d’accord sur la propriété de ces données et des règles de partage.
En poussant la métaphore, je pense qu’on arrivera assez rapidement à avoir le même questionnement par rapport au statut de la trace générée par chaque individu mobile. Si cette trace a une valeur, comment cette valeur est « rétribuée » à partir du moment où elle est partagée ? Quel serait un dialogue gagnant-gagnant que l’on peut envisager ? On peut imaginer plusieurs choses, pas forcément en termes de transaction économique.
La notion d’identité numérique mobile amène d’autres questions, notamment celle de la nature d’une « identité dynamique ». Suis-je la même personne selon les lieux dans lesquels je me trouve, selon les choses que je fais, quand je me trouve à mon point d’origine et quand je me trouve à mon point de destination ? Quel est le statut de mes identités multiples, mes alias ? Dans ma propre expérience des sites de e-commerce, par exemple, je me rends compte – et ce n’est pas du tout intentionnel – que je ne suis pas forcément la même personne partout. Alors que ce serait sans doute plus simple pour moi en termes de mémoire, de mot de passe, de profil client etc.
Ils commencent à exister des systèmes de compte unique, des « coffre-forts d’identité », qui récupèrent une identité unique à chaque fois que je me connecte à différents systèmes. Nous avons d’ailleurs travaillé à l’agence sur un dispositif de ce type dans le domaine du service public en ligne. Mais nous avions réalisé à l’époque, notamment à l’occasion de tests utilisateurs, que cela ne va pas de soi, même dans un domaine dans lequel il y a des enjeux assez explicites et évidents, comme justement la relation avec l’administration.
Personnellement, je constate que l’usage que je fais de mon identité numérique, ne me mène pas naturellement vers une logique de convergence. La réalité c’est que, de fait, j’ai des identités différentes. Je ne suis pas forcément la même personne sur Facebook que sur Twitter, que sur le site de e-commerce de la Fnac etc. Il s’agit bien sûr de nuances, mais ces nuances contextuelles ont sans doute un sens, même si je ne saurais pas l’interpéter. Est-ce qu’on a envie d’être le même partout ? Je ne sais pas, je n’ai pas de réponse à ça.
4. Pouvez-vous nous parler d’un projet récent dans lequel la mobilité occupe une place stratégique ?
L’agence Attoma est aujourd’hui impliquée dans un projet très intéressant : celui de la signalétique de la future nouvelle salle d’échange de Châtelet-Les Halles. En fait, dans le cadre du projet on ne réfléchit plus dans la logique de la seule salle d’échange, mais dans celle d’un seul pôle multimodal qui va des Halles jusqu’à la Seine. C’est une autre vision de la mobilité urbaine, beaucoup plus systémique. On réfléchit en termes d’orientation, donc de jalonnement, mais on y intègre aussi, dès l’amont, la problématique de l’information en temps réel. On est alors arrivés, par le bais de la scénarisation des usages, à décomposer l’information en temps réel en des formats différents selon les lieux où l’on se trouve. La technologie permet d’avoir des briques d’information en temps réel à différentes échelles, dans des lieux différents. Tu n’as pas la même information quand tu arrives par exemple à l’extérieur du pôle, parce que tu peux juste avoir besoin de savoir si une ligne donnée fonctionne ou pas, s’il y a une perturbation par exemple. Quand tu t’approches tu as peut-être besoin d’avoir une vue synthétiques des prochains départs. Puis quand tu arrives sur le quai, là tu as besoin de connaître exactement les dessertes de chaque train au départ, etc. Donc il y a une notion de profondeur de l’information en temps réel, qui est très intéressante car ça permet d’envisager un accompagnement de l’information dans l’environnement, personnalisée par rapport aux besoins du voyageur à ce moment-là, à son avancement dans la navigation de l’espace, et de réduire sa charge cognitive. Là on est en phase d’AVP, donc tout le monde trouve toutes les idées très intéressantes, il faudra voir au cours du projet si ces partis pris tiennent dans le temps. C’est assez étonnant, dans le domaine de l’information, de travailler sur un projet avec un tel décalage. Le nouveau pôle sera ouvert en 2015, 2016. Donc on est en train d’imaginer des choses aujourd’hui avec des technologies qui seront probablement obsolètes au moment de la mise en service… Ainsi, il faut que la construction logique soit suffisamment robuste pour que les principes continuent à avoir du sens, même si la technologie évolue.
5. Quels sont selon vous les enjeux de l’identité « numérique » et de la mobilité auxquels nous allons être confrontés prochainement?
Les principaux enjeux de la mobilité pour les prochaines années, pour moi, concernent des questions de modèle économique, d’usages, et d’acteurs. Les enjeux technos sont selon moi assez secondaires. Je pense que ce n’est pas là que ça se joue ; il y a plein de solutions et il y en aura plein d’autres demain. Mais ce qu’on n’a pas encore résolu et qu’on ne comprend pas encore très bien, c’est le nouveau modèle économique de « l’information de mobilité ». Car celui qui existe aujourd’hui ne semble plus adapté.
D’autre part, une autre question intéressante c’est de comprendre comment on intègre dans les dispositifs des comportements qu’on souhaite en réalité « orienter ». Car il est nécessaire que la mobilité évolue, que les gens se déplacent différemment –voir moins. Quels sont les leviers que l’on met en œuvre pour pouvoir rendre cela possible ? La question du « jeu des acteurs », que j’ai évoquée précedemment, c’est de savoir qui pilote quoi à un moment donné, et qui est légitime à se saisir d’une démarche de changement et avec quels moyens. Comment l’information est-elle gérée ? Par qui ? Et comment la relation entre l’information, la régulation et la gouvernance est-elle organisée ? Là aussi il y a des modèles qui ne sont plus forcément tout-à-fait adaptés à ce qui nous attends, et qui devront évoluer. Et la question des usages, ça reste évidemment mon point de préoccupation majeur, c’est justement de comprendre comment on peut rendre la mobilité simple et lisible, alors même qu’elle devient de plus en plus compliquée. Comment permettra-t-on aux utilisateurs d’intégrer une offre qui devient de plus en plus pléthorique et illisible ? Ce ne sont jamais des questions qu’on se pose suffisamment en amont, mais elles viendront bien sur le tapis tôt ou tard.
Une étude menée en octobre 2008 par l’agence Create with Context. À voir si maintenant les gens utilisent toujours leur iPhone de cette façon ou si les usages ont évolués et leur accessibilité est devenue plus aisée.
Bonjour Lucas, pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous dans la vie ?
Lucas Delattre, je suis responsable de la communication à l’Institut Français de la Mode. C’est un établissement d’enseignement supérieur basé à Paris et qui délivre des diplômes de type master en management de la mode, du luxe, du design des industries créatives. C’est aussi une école de création de mode, internationale, de haut niveau, et un centre de ressources pour l’ensemble de la profession avec un observatoire économique, des experts de la consommation et de la distribution. C’est un institut qui publie beaucoup de choses dans le domaine des sciences humaines reliées toujours aux industries de la création. Je suis un ancien journaliste. J’ai fait ce métier pendant 10 ans. Ensuite je suis passé a la Com. J’ai dirigé le bureau de Paris du Cconseil de l’Europe et je suis arrivé par le hasard des amitiés à l’IFM. Ce n’est pas du tout mon terrain d’origine car je n’étais pas journaliste de mode, j’étais journaliste en relations internationales : correspondant à l’étranger puis journaliste au « Monde » dans la rubrique internationale pendant quelques années.
Qu’évoque pour vous la notion d’identité numérique pour vous ? Dans votre travail ?
C’est avant tout les traces que l’on laisse sur le net, c’est très très utile d’avoir des comptes. Ca peut être une page Google. Ca peut être un profil Facebook, Twitter que j’utilise. Mais l’identité numérique pour moi ça veux dire un certain nombre d’informations me concernant, qui font partie d’un nuage comme on dit aujourd’hui. C’est très utile, et de plus en plus d’ailleurs. Je suis très content de stocker mes info sur un réseaux. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois de perdre un ordinateur ou de me le faire voler. Je vois tous les avantages de ce système. En même temps, je suis assez conscient des problèmes de traçabilité, de référencement de la personne, qui peuvent avoir un certain nombre d’inconvénients concernant l’anonymat et la protection des données. Donc, je laisse le moins possible d’informations me concernant. Je le fais parce que je suis un utilisateur de e-commerce par exemple. Parfois pour accéder au paiement, il faut laisser sa date de naissance ou dire si l’on est un homme ou une femme. Pour moi c’est le maximum que je laisse. Je ne laisse pas de mot passe. Je n’utilise pas de coffre fort numérique. Il y a des services qui proposent de conserver ses données personnelles dans un fichier strictement inaccessible, mais je n’ai pas encore confiance.
Dans le travail, je suis très content d’avoir dissocié mon identité numérique perso de mon identité professionnelle en séparant mon profil Facebook perso de celui de l’IFM. Je vais enfin pouvoir travailler en n’affichant que ma fonction et non ma personnalité (au départ tout était un peu confondu, par manque de maîtrise des outils).
Selon les réseaux dans lesquels on s’exprime, on a une identité qui n’est pas forcément la même. L’identité c’est aussi celle que te renvoie tes dialogues avec tes interlocuteurs, c’est très mouvant. Je ne suis pas sûr d’être pleinement conscient de ma propre identité. Je pense au fait qu’en ayant mélangé les choses en utilisant mon profil personnel pour gérer les infos de l’Institut Français de la Mode, je me suis retrouvé ami avec des gens avec lesquels je n’aurais jamais été amis par ailleurs. Des amis qui ont des centres d’intérêt très éloignés des miens. La mode par exemple est un centre d’intérêt très éloigné de mes préoccupations personnelles. C’est un métier pour moi, ce n’est pas quelque chose qui me touche profondément. Au fur et a mesure que je fais ce métier je me rends compte qu’il y a des porosités et des influences. On est une personne et finalement l’identité numérique renvoie à une réalité profonde, qui est le résultat d’un mélange d’influences diverses, de rencontres. Finalement l’avantage du numérique c’est qu’on doit s’exprimer clairement, alors que dans la vie réelle on est plus libre de taire, de ne pas formuler des choses. Il y a peut-être ici quelque chose de révélateur du monde numérique. C’est un monde d’expression, alors que le monde réel est plus un monde d’impression. D’ailleurs, je considère que Twitter est une révolution plus grande que Facebook : l’outil Twitter permet véritablement d’entrer dans le cerveau de n’importe qui (savoir ce qui l’intéresse, ce qu’il voit, ce qu’il retient de ses lectures…) alors que Facebook est une plate-forme où s’échangent trop de banalités qui ne m’intéressent pas du tout.
Quels sont, selon vous, les enjeux de l’identité numérique dans la mobilité ?
C’est la révolution du smartphone, qui est quelque chose que je vis positivement. Quelque chose de très important. Juste le fait d’avoir une activité numérique dans son lit, vers minuit, c’est quelque chose de nouveau pour moi depuis que j’ai un iPhone. C’est comme avoir un troisième bras. L’ordinateur portable qui chauffe sur les genoux ça atteint vite ses limites! Au bout de 3 ou 4 d’heures, tu as envie de l’arrêter. Là tu peux y passer deux heures. Il m’est déjà arrivé de passer deux heures entre minuit et deux heures du matin à m’exprimer avec des contacts ou à lire des choses. Les réseaux sont un prolongement de ton identité et quand tu es sur Facebook ou Twitter c’est ça l’enjeu. Cette question de la station allongée m’a paru vraiment nouvelle. La mobilité, le voyage, le déplacement, le fait de pouvoir lire n’importe quel contenu de n’importe quelle partie du monde n’importe où, où que l’on se trouve, pourvu qu’il y ait un réseau disponible c’est évidement une révolution.
Pouvez-vous nous donner des exemples d’usages d’identité numérique dans la mobilité ? Dans votre vie quotidienne, dans votre travail?
La question du nuage a changé beaucoup de chose pour moi. Me trouvant en Chine et ayant besoin d’accéder à mon agenda, je peux le faire par une page Google, Netvibes etc… Cela a été un changement très positif pour moi. D’autant plus qu’en Chine, je me suis fait voler mon ordinateur portable dans lequel il y avait énormément de choses qui n’avaient pas de back up. La notion de back up automatique est une notion qui me plait bien. Je ne connais pas encore vraiment « mobile me » d’Apple, mais il faut que j’aille y voir de plus près.
Avoir un back up de tout ce que l’on fait et avoir un centre de ressources personnel c’est vraiment important. C’est très contradictoire avec ce que je t’ai dit sur le coffre fort numérique mais je pense que j’y viendrai.
Je ne suis pas excessivement prudent, il m’est arrivé d’acheter un jeu en ligne pour mon fils, un jeu de simulateur par exemple. Sans connaître l’émetteur, ni le fabricant, je sais que c’est au Etats-Unis… Si ça me semble correct : j’y vais.
Quels sont, selon vous, les enjeux de l’identité numérique mobile ?
L’enjeu politique numéro un c’est la confidentialité, la traçabilité, le profilage. Tant que l’on peut avoir la liberté de décocher une case, j’accepte de faire confiance. Mais si on se trouve environné de messages ciblés sur son profil, cela commence a me déranger. Même si je n’ai rien à cacher, fondamentalement je n’ai rien à cacher. Je ne m’inquiète pas trop de la notion de « cyber police »…
Hier j’ai reçu un courrier m’annonçant que j’avais 9 points sur mon permis de conduire et pas 12. Le fait que cela m’arrive par courrier et le fait que je n’ai pas accès à cette information sur un site internet me dérange. Je prendrais les choses à l’envers et dirais que le monde ancien finalement – la centralisation de données dans des silos en brique et pas numérique – me dérange presque plus que de savoir que je suis fiché sous toutes les coutures mais que j’ai accès moi-même au données. Si tu as accès a tes données, tu es rassuré. Si tu n’a pas accès a tes données, qu’elles soient numériques ou pas, tu sais que des choses s’écrivent sur toi mais que tu n’y a pas accès. Cela me dérange beaucoup et ça n’a rien a voir avec le numérique ou le non numérique.
Enjeux négatif, enjeu danger… L’enjeu positif, c’est l’accès au savoir. C’est une avancée énorme. L’identité mobile pour moi c’est aussi une avancée dans le droit de chacun à maîtriser ses données. Cela peut donner les moyens de garder le contrôle. Je suis prêt à partager le contrôle. De toute façon, quoi qui se passe, ceux qui veulent nous contrôler y arrivent. J’y vois un moyen de disposer d’un outil extraordinaire.
Plus généralement, quelles sont vos prévisions pour 2010 ?
L’enjeu est de savoir si l’on va pouvoir tout faire avec un téléphone mobile. Je fais énormément de choses avec. L’autre jour, j’ai reservé des places de spectacle sur l’application Fnac de l’iphone après avoir échoué à le faire sur leur site. A l’inverse, j’ai voulu me renseigner sur un horaire de la sncf, et il a fallu que je téléphone car la gare était trop petite pour faire partie de l’application. J’ai l’impression qu’on en est au tout début. C’est très frappant de voir les possibilités. Cela vaut pour internet et les nouvelles technologies. Il y a un décalage énorme entre les possibilités qui s’ouvrent et l’offre disponible. On a des outils absolument inouïs et l’offre n’est pas encore du tout à la hauteur.
Ce qui me rassure c’est de voir que tout ce qui est plus intéressant est gratuit : en matière culturelle, les textes, les livres… Je suis très preneur de l’ebook. Je suis un gros lecteur sur l’iphone. Je trouve que le format du reader stanza de l’iphone est très agréable. Le fait de pouvoir indexer les passages… est-ce que cela fait partie de l’identité numérique mobile? Je ne sais pas. Mais le fait de pouvoir lire Don Quichotte dans n’importe quel RER fait partie de mon identité, cela influe sur mon identité, mon existence profonde.
Merci Lucas.
// Propos recueillis par Kévin.
Bonjour Lucas, pouvez-vous vous présenter ? Que faites vous dans la vie ?
Lucas Delattre, je suis responsable de la communication à l’Institut Français de la Mode. C’est un établissement d’enseignement supérieur basé à Paris et qui délivre des diplômes de type master en management de la mode, du luxe, du design des industries créatives. C’est aussi une école de création de mode, internationale, de haut niveau, et un centre de ressources pour l’ensemble de la profession avec un observatoire économique, des experts de la consommation et de la distribution. C’est un institut qui publie beaucoup de choses dans le domaine des sciences humaines reliées toujours aux industries de la création. Je suis un ancien journaliste. J’ai fait ce métier pendant 10 ans. Ensuite je suis passé a la Com. J’ai dirigé le bureau de Paris du Cconseil de l’Europe et je suis arrivé par le hasard des amitiés à l’IFM. Ce n’est pas du tout mon terrain d’origine car je n’étais pas journaliste de mode, j’étais journaliste en relations internationales : correspondant à l’étranger puis journaliste au « Monde » dans la rubrique internationale pendant quelques années.
Qu’évoque pour vous la notion d’identité numérique pour vous ? Dans votre travail ?
C’est avant tout les traces que l’on laisse sur le net, c’est très très utile d’avoir des comptes. Ca peut être une page Google. Ca peut être un profil Facebook, Twitter que j’utilise. Mais l’identité numérique pour moi ça veux dire un certain nombre d’informations me concernant, qui font partie d’un nuage comme on dit aujourd’hui. C’est très utile, et de plus en plus d’ailleurs. Je suis très content de stocker mes info sur un réseaux. Il m’est déjà arrivé plusieurs fois de perdre un ordinateur ou de me le faire voler. Je vois tous les avantages de ce système. En même temps, je suis assez conscient des problèmes de traçabilité, de référencement de la personne, qui peuvent avoir un certain nombre d’inconvénients concernant l’anonymat et la protection des données. Donc, je laisse le moins possible d’informations me concernant. Je le fais parce que je suis un utilisateur de e-commerce par exemple. Parfois pour accéder au paiement, il faut laisser sa date de naissance ou dire si l’on est un homme ou une femme. Pour moi c’est le maximum que je laisse. Je ne laisse pas de mot passe. Je n’utilise pas de coffre fort numérique. Il y a des services qui proposent de conserver ses
données personnelles dans un fichier strictement inaccessible, mais je n’ai pas encore confiance.
Dans le travail, je suis très content d’avoir dissocié mon identité numérique perso de mon identité professionnelle en séparant mon profil Facebook perso de celui de l’IFM. Je vais enfin pouvoir travailler en n’affichant que ma fonction et non ma personnalité (au départ tout était un peu confondu, par manque de maîtrise des outils).
Selon les réseaux dans lesquels on s’exprime, on a une identité qui n’est pas forcément la même. L’identité c’est aussi celle que te renvoie tes dialogues avec tes interlocuteurs, c’est très mouvant. Je ne suis pas sûr d’être pleinement conscient de ma propre identité. Je pense au fait qu’en ayant mélangé les choses en utilisant mon profil personnel pour gérer les infos de l’Institut Français de la Mode, je me suis retrouvé ami avec des gens avec lesquels je n’aurais jamais été amis par ailleurs. Des amis qui ont des centres d’intérêt très éloignés des miens. La mode par exemple est un centre d’intérêt très éloigné de mes préoccupations personnelles. C’est un métier pour moi, ce n’est pas quelque chose qui me touche profondément. Au fur et a mesure que je fais ce métier je me rends compte qu’il y a des porosités et des influences. On est une personne et finalement l’identité numérique renvoie à une réalité profonde, qui est le résultat d’un mélange d’influences diverses, de rencontres. Finalement l’avantage du numérique c’est qu’on doit s’exprimer clairement, alors que dans la vie réelle on est plus libre de taire, de ne pas formuler des choses. Il y a peut-être ici quelque chose de révélateur du monde numérique. C’est un monde d’expression, alors que le monde réel est plus un monde d’impression. D’ailleurs, je considère que Twitter est une révolution plus grande que Facebook : l’outil Twitter permet véritablement d’entrer dans le cerveau de n’importe qui (savoir ce qui l’intéresse, ce qu’il voit, ce qu’il retient de ses lectures…) alors que Facebook est une plate-forme où s’échangent trop de banalités qui ne m’intéressent pas du tout.
Quels sont, selon vous, les enjeux de l’identité numérique dans la mobilité ?
C’est la révolution du smartphone, qui est quelque chose que je vis positivement. Quelque chose de très important. Juste le fait d’avoir une activité numérique dans son lit, vers minuit, c’est quelque chose de nouveau pour moi depuis que j’ai un iPhone. C’est comme avoir un troisième bras. L’ordinateur portable qui chauffe sur les genoux ça atteint vite ses limites! Au bout de 3 ou 4 d’heures, tu as envie de l’arrêter. Là tu peux y passer deux heures. Il m’est déjà arrivé de passer deux heures entre minuit et deux heures du matin à m’exprimer avec des contacts ou à lire des choses. Les réseaux sont un prolongement de ton identité et quand tu es sur Facebook ou Twitter c’est ça l’enjeu. Cette question de la station allongée m’a paru vraiment nouvelle. La mobilité, le voyage, le déplacement, le fait de pouvoir lire n’importe quel contenu de n’importe quelle partie du monde n’importe où, où que l’on se trouve, pourvu qu’il y ait un réseau disponible c’est évidement une révolution.
Pouvez-vous nous donner des exemples d’usages d’identité numérique dans la mobilité ? Dans votre vie quotidienne, dans votre travail?
La question du nuage a changé beaucoup de chose pour moi. Me trouvant en Chine et ayant besoin d’accéder à mon agenda, je peux le faire par une page Google, Netvibes etc… Cela a été un changement très positif pour moi. D’autant plus qu’en Chine, je me suis fait voler mon ordinateur portable dans lequel il y avait énormément de choses qui n’avaient pas de back up. La notion de back up automatique est une notion qui me plait bien. Je ne connais pas encore vraiment « mobile me » d’Apple, mais il faut que j’aille y voir de plus près.
Avoir un back up de tout ce que l’on fait et avoir un centre de ressources personnel c’est vraiment important. C’est très contradictoire avec ce que je t’ai dit sur le coffre fort numérique mais je pense que j’y viendrai.
Je ne suis pas excessivement prudent, il m’est arrivé d’acheter un jeu en ligne pour mon fils, un jeu de simulateur par exemple. Sans connaître l’émetteur, ni le fabricant, je sais que c’est au Etats-Unis… Si ça me semble correct : j’y vais.
Quels sont, selon vous, les enjeux de l’identité numérique mobile ?
L’enjeu politique numéro un c’est la confidentialité, la traçabilité, le profilage. Tant que l’on peut avoir la liberté de décocher une case, j’accepte de faire confiance. Mais si on se trouve environné de messages ciblés sur son profil, cela commence a me déranger. Même si je n’ai rien à cacher, fondamentalement je n’ai rien à cacher. Je ne m’inquiète pas trop de la notion de « cyber police »…
Hier j’ai reçu un courrier m’annonçant que j’avais 9 points sur mon permis de conduire et pas 12. Le fait que cela m’arrive par courrier et le fait que je n’ai pas accès à cette information sur un site internet me dérange. Je prendrais les choses à l’envers et dirais que le monde ancien finalement – la centralisation de données dans des silos en brique et pas numérique – me dérange presque plus que de savoir que je suis fiché sous toutes les coutures mais que j’ai accès moi-même au données. Si tu as accès a tes données, tu es rassuré. Si tu n’a pas accès a tes données, qu’elles soient numériques ou pas, tu sais que des choses s’écrivent sur toi mais que tu n’y a pas accès. Cela me dérange beaucoup et ça n’a rien a voir avec le numérique ou le non numérique.
Enjeux négatif, enjeu danger… L’enjeu positif, c’est l’accès au savoir. C’est une avancée énorme. L’identité mobile pour moi c’est aussi une avancée dans le droit de chacun à maîtriser ses données. Cela peut donner les moyens de garder le contrôle. Je suis prêt à partager le contrôle. De toute façon, quoi qui se passe, ceux qui veulent nous contrôler y arrivent. J’y vois un moyen de disposer d’un outil extraordinaire.
Plus généralement, quelles sont vos prévisions pour 2010 ?
L’enjeu est de savoir si l’on va pouvoir tout faire avec un téléphone mobile. Je fais énormément de choses avec. L’autre jour, j’ai reservé des places de spectacle sur l’application Fnac de l’iphone après avoir échoué à le faire sur leur site. A l’inverse, j’ai voulu me renseigner sur un horaire de la sncf, et il a fallu que je téléphone car la gare était trop petite pour faire partie de l’application. J’ai l’impression qu’on en est au tout début. C’est très frappant de voir les possibilités. Cela vaut pour internet et les nouvelles technologies. Il y a un décalage énorme entre les possibilités qui s’ouvrent et l’offre disponible. On a des outils absolument inouïs et l’offre n’est pas encore du tout à la hauteur.
Ce qui me rassure c’est de voir que tout ce qui est plus intéressant est gratuit : en matière culturelle, les textes, les livres… Je suis très preneur de l’ebook. Je suis un gros lecteur sur l’iphone. Je trouve que le format du reader stanza de l’iphone est très agréable. Le fait de pouvoir indexer les passages… est-ce que cela fait partie de l’identité numérique mobile? Je ne sais pas. Mais le fait de pouvoir lire Don Quichotte dans n’importe quel RER fait partie de mon identité, cela influe sur mon identité, mon existence profonde.
Bonjour Nicolas, qui êtes vous, que faites vous dans la vie ?
Je suis un homme de 35 ans, profil MBTI « intj »*, et je travaille aujourd’hui à Minatec (www.minatec.com/), pour le CEA/ Leti. Pour ne parler que de ça, mon travail consiste à écouter des utilisateurs potentiels de nouvelles technologies afin d’imaginer avec eux de nouveaux produits et de nouveaux services. Auparavant, j’étais consultant freelance, ou associé dans de petites structures de conseil. * dans certaines grosses sociétés américaines IT, le profil MBTI est tellement crédible qu’il figure sur la carte de visite.
Pour vous, qu’est-ce que l’identité numérique ? Comment s’exprime-t-elle dans votre travail ?
L’identité numérique, c’est une suite de représentations partielles de soi, de surface, que l’on utilise avec plus où moins de bonheur. En cela, pas de différences majeures avec les supports précédents qui remplissaient la même fonction sociale; sinon que, peut être, la rapidité d’irruption des technologies d’info et de com’ fait que nous ne sommes pas égaux dans la constitution de ces petites ambassades de soi. Je me sens aujourd’hui (un peu) dépassé par la génération Y-.
J’ai toutefois eu deux chances :
1/ J’ai grandi avec la première génération de PC grand public, avec des interfaces graphiques (j’ai eu mon premier PC à 12 ans, je crois, merci à mes parents).
2/ Et j’ai littéralement vu arriver Internet avant la plupart des gens (je devais avoir 18 ans la première fois, par chance…)
Ces « opportunités » expliquent en partie mon rapport actuel aux nouvelles technologies :
1bis : je ne suis pas très disposé à programmer, donc je suis un bon indicateur de la naturalité d’un service
2 bis : je ne suis pas inhibé par Internet, je crois profondément que tout y est très superficiel et volatile.
Dans mon travail :
- je considère que je n’ai « rien à cacher ». Depuis que je vais sur Internet, je crois ne jamais avoir pris de pseudonyme – y compris à une époque sur des forums privés, de rencontre, ce qui détonait plutôt. Au plus, j’ai utilisé quelques images plus ou moins abstraites comme avatar.
- ceci dit, je me dois, aujourd’hui en particulier, de faire un peu attention aux traces que je laisse, et parfois à la récupération des documents que je poste.
- travaillant au CEA… je suis à la fois relativement accessible pour qui veut, et tenu à une certaine obligation de réserve.
- dans mes vies professionnelles antérieures, c’était un peu la même chose. pour un consultant, il y a toujours une certaine obligation de discrétion commerciale, même quand on ne travaille pas sur des sujets objectivement sensibles.
- du coup, mon CV (premier dépositaire de mon identité numérique, et qui circule toujours un peu malgré moi) comporte quelques intitulés allusifs.
- je ne mets pas d’énergie à alimenter mon profil Linkedin, j’ai tort…
- par ailleurs, ayant des dispositions « corporate » assez limitées, je ne signe pas souvent mes mails autrement que par mon nom (je n’indique quasiment jamais ma fonction).
J’ai eu quelques expériences de collaboration purement virtuelles (notamment avec la Chine, dans des vies professionnelles antérieures)… même si je peux regretter de ne pas avoir pris un verre avec mes collaborateurs, je ne crois pas qu’il y ait eu un vrai préjudice, mais c’est plus le fait de mon profil MBTI qu’autre chose, je crois. Je peux comprendre l’appétence de nombreuses personnes à mettre vite de la chair à une relation de travail.
Comment définissez-vous l’identité numérique dans la mobilité ?
A mon poste actuel, il n’est pas trop souhaitable de jouer avec son identité numérique, de multiplier les présences virtuelles (même simplement sur des sites sociaux). Je suis déjà relativement privilégié dans la mesure où j’ai un ordinateur portable (ce n’est pas le cas de tout le monde au CEA), mais je n’ai même pas demandé le dongle qui me permettrait de me connecter en VPN sécurisé, parce que je ne me connecte jamais en dehors du réseau local du CEA. Ma carte Wifi n’a jamais servi. J’ai des « relais » personnels en cas de gros impondérables, mais je n’ai jamais eu à les utiliser. Et quand il m’arrive de faire des interventions en mon nom propre (le reliquat de mes vies professionnelles antérieures), je le fais avec des machines personnelles. En fait, mon « existence » professionnelle numérique est très cloisonnée, sans que cela ne me pèse – j’en veux pour preuve le fait que je n’ai même pas demandé de carte de visite papier. En général, quand une relation professionnelle a besoin de s’établir, je n’ai aucun mal à me mettre en position d’initiateur.
Pouvez-vous nous donner des exemples de l’usage de l’identité numérique dans la mobilité ? Et concernant vos usages ?
Pour des raisons très liées à ma réponse précédente, je préfère relater une double anecdote remontant à l’une de mes vies antérieures :
- en 2003 (?) je me suis offert un Palm Zire, plaisir geek du moment. Une des premières choses que j’ai faite a été de bien documenter ma carte de visite électronique (je crois qu’elle était en format v-card, mais je n’en suis même plus sûr)… et j’ai du en tout et pour tout la beamer 2 ou trois fois seulement… y compris avec le Zire 72 qui l’a remplacé en 2005.
- dans le même temps, ma soeur vivait à New York, et elle me racontait comment ce geste était devenu un code de drague… en gros, dans le métro, un clin d’oeil, on se rapproche et on se beam sa carte (probablement autrement documentée ^^) afin de se donner un chance de se revoir.
C’est ce genre de tensions qui m’intéressent dans mon boulot : comment dessiner des produits qui soient autant rationnels et porteurs de nouveaux usages… parce que riches d’effets de signes (bien entendu, le palm était d’abord un signe extérieur de richesse…). Dans le même registre anecdotique, quand l’iPod était très exclusif, les étudiants se reconnaissant aux écouteurs blancs s’échangeaient leurs prises jack quelques secondes, sans se connaître et sans rien se dire, juste pour découvrir ce qu’un alter ego communautaire Apple pouvait écouter à côté d’eux.
Selon-vous, quels sont les enjeux de l’identité numérique mobile ? À ce sujet, quelques prévisions pour 2010 ?
Sans prendre de pari trop spécifique sur le terme :
- « always on », vieille lune des études IT : ou comment on assure la continuité de présence d’une device à une autre, d’un service à un autre
- conséquence et condition de « always on » : la fluidité de l’indicateur de statut, et la neutralisation de sa nécessaire intrusivité.
- nouvelles formes de politesse numérique : non pas tout à inventer, mais tout à accompagner.
- sophistication du CV numérique
- érosion des sites communautaires massifs,
>> ce ne sont pas des paris, mais des opportunités, à saisir pour les plus malins…
Et si je comprends le sens de ce questionnaire, peut être l’idée d’agrégation des identités numériques mobiles…. par exemple avec une application mobile comme DateCheck. Voir apple byte / Apple table rumors galore ! (tinyurl.com/ycczavq -> 2″35 à 4″30)
> En France : caricatural ? pas compatible avec la CNIL ???… à voir.
Et je ne suis pas le plus objectif au sujet du design de l’émotion autour du carnet d’adresse, mais j’espère que l’équipe d’IDN pourra faire son évangélisation à ce sujet.
Avez-vous un site ou un blog ou un twitter que vous aimeriez nous faire partager ?
Oui, un en particulier, parti littéralement d’un détournement d’identité : www.fakesteve.net/
Autrefois très drôle (et très bien informé), aujourd’hui souvent plus grossier. Mais l’histoire est belle… surtout quand il s’agit d’évoquer les questions d’identité pro.
Nicolas, merci !
Travaux réalisés lors du workshop IDN avec Manuel Lima pendant le mois de Janvier 2010
L’une des 50 personnalités les plus influentes et les plus créatives de l’année 2009 selon le magazine « Creativity ». Manuel est designer d’interaction, chercheur, et créateur de VisualComplexity.com, une encyclopédie en ligne de la visualisation des réseaux complexes.
Manuel a obtenu un diplôme de design industriel a Lisbonne. Il a ensuite étudié, travaillé et enseigné à New York pendant trois ans. Il est actuellement à Londres où il travaille notamment à la rédaction d’un ouvrage sur la visualisation d’informations.
Il nous a fait l’honneur d’animer ce workshop.
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Marie De Quatrebarbes
Le fonctionnement de Facebook repose sur le mélange des différents cercles d’intimité. Les sphères privées et publiques s‘y trouvent, par défaut, inextricablement mêlées. Comment s’y retrouve-t-on dans le brouhaha des conversations? Comment bénéficier des avantages d’un réseau ouvert, sans être inondé par un flot d’information désordonné et composite? Quelles fonctions de filtres cela suppose-t-il, quels affinages? Et, par suite, comment échange-t-on au sein d’un cercle de relations restreint? Comment réguler la perméabilité des différents cercles?
As a social network, Facebook mixes up very heterogenous issues : personal, professional, cultural, etc. By default, different spheres of intimacy meet themeselves and interact. How to deal with this permeability? How do we communicate within each sphere of intimacy? And, as a result, how to find relevant information in this mess? What kind of filter does it suppose? What kind of information do I want to receive from others, and how?
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Kévin Boezennec
Je souhaite développer une application pour téléphone mobile dans laquelle il est possible de voir l’activité de l’ensemble de son réseau d’un seul coup d’œil et ou il est également possible, par la même interface, de rentrer dans un espace d’échange personnel et intime avec l’un de ses contacts.
“I want to develop a mobile adresse book where you can glance at all your network quickly and share a feeling space with one contact, all in the same application.”
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Pascal Chirol
Quel est le futur des données numérique ?
Comment introduire une mémoire sensible de notre utilisation personnel et social a nos fichiers ?
Ou : From TreeMap to MuchroomMap
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Florent Deloison
Représenter, d’une manière ludique, l’évolution de votre relation avec une personne sur un réseau social, et donner envie de s’impliquer encore plus dans cette même relation.
Represent, in a ludic way, the evolution of your relationship with someone on a social network, and make you want to get involved more in that relationship.
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Geoffrey Dorne
Quelles corrélations entre la vie physique & sa représentation en ligne ?
What’s correlation between physical & virtual life ?
La visualisation de données dépasse l’analyse statistique & les algorithmes afin de proposer un sens pour l’utilisateur. Fondée sur un langage visuel & hiérarchique, la visualisation de données trouve un équilibre entre représentation visuelle & unité conceptuelle. Pour ce projet, la dimension sociale sert de point de départ. La complexité des relations entre les individus, les évènements & la création de nouveaux liens sociaux augmente de plus en plus grâce à internet et via des réseaux comme Facebook, Twitter, Linkedin, etc. Mon axe de recherche sera donc de trouver une corrélation entre la vie « physique » & la vie « en ligne» (digital presence & community).
Data visualizations are more than statistical analyses & algorithms. They must make sens for users. Based on a visual language & hierarchical data visualization is a balance between visual & conceptual. For this project, the social dimension is the starting point. I’ll focus on the complexity between people, relationships, events and the networks nodes on Facebook, Twitter, Linkedin, feedburner, my blog, etc.. My work will be to find a correlation between « physical » and « online » life (digital presence & community).
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David Serrault
From: messages
To: communication
How can we humanize emails by making them not only a functional information exchange but also social connections, through visualization? The aim of this research is to intégrate a « social » layer within the email application itself.
Comment humaniser l’email, le transformer non plus seulement en un outil d’échange d’information mais aussi le support d’une relation humanisée grâce à la visualisation. L’objectif de cette recherche est d’intégrer une « couche » sociale à l’intérieur même de l’application.
Je suis directeur de l’équipe User Experience de l’unité d’innovation Orange Vallée, enseignant au laboratoire IDN d’ENSADlab, et également photographe à mes temps perdus.
Je m’intéresse à l’exploration des nouveaux usages qui découlent de la convergence internet / médias / télécom. C’est l’objet du laboratoire EnsadLab où plsu précisément, nous explorons les enjeux de la connexion permanente dans la mobilité et l’impact sur notre identité. De toutes évidences, les modèles d’interactions que nous connaissons vont évoluer, et la contextualisation des expériences, notamment va être clef.
Qu’évoque pour vous la notion d’ « identité numérique mobile » ?
Cela commence par la carte bancaire, mais c’est aussi la tracabilité de mes activités, de mon identité, de mes références, de mes préférences, epour augmenter mes expériences mobiles.
Quels sont, selon vous, les enjeux de l’identité « numérique » dans un contexte de mobilité?
Dans la mobilité, l’identité numérique, c’est pour commencer la capacité à tracer mon activité. C’est que l’on appelle le personal informatics, ou Lifelogging, qui ouvre un nouveau territoire de services. Nike+ en a été l’un des point d’entrée par exemple.
De ce lifelogging vont se structurer des nouveaux usages qui vont s’articuler autour de moi, mes liens forts, mes liens faibles, la république.
Dominique Cardon et Christophe Aguiton ont publié sur ce sujet.
Pour la République, il s’agit des données anomynisées qui vont permettre de visualiser les flux (voir les travaux de Sensable city an Media Lab) pour pouvoir servir ce que l’on appelle une ‘ville temps réel’.
C’est aussi la mémoire des lieux.
C’est la capacité pour les individus d’accéder, depuis leur terminal mobile à une couche d’informations contextualisée, restée jusque-là invisible dans le contexte de mobilité. C’est une forme de réalité augmentée qui ouvre l’accès à des expériences nouvelles.
Avec la convergence internet et telecom, et l’émergence de smartphones simples et grand publique, c’est la réinvention d’Internet qui se construit sous nos yeux. En 2012, nous accéderons à internet principalement via les mobiles. Cela signifie que les usages sont à réinventer. Car toute l’expérience d’internet est héritée d’une logique de bureau, productiviste, sans considération du contexte (la mobilité).
Le contexte est complexe, multi-paramètres. Il inclu notamment le temps, le lieu, les gens autour de moi, mais aussi le contexte culturel.
Peut-être les usages de l’internet mobile vont-ils être plus influencés par la dimension culturelle que ne l’était l’internet fixe.
Voyez-vous d’autres enjeux à l’identité numérique ?
La capacité à rester en contrôle, de préserver son intégrité, et donc fondamentalement à mentir est l’un des enjeux de l’internet mobile. Il s’agit de garantir à l’utilisateur la possibilité de garder le contrôle sur ses informations, de pouvoir mentir sur sa localisation, ou de pouvoir jouer sur certaines facettes de son identité…
La difficulté de l’identité numérique mobile, c’est de transposer et de fédérer des usages fragmentés. C’est finalement un enjeu semblable à l’internet des objets, c’est la fusion du numérique et du réel.
Et c’est là qu’il y a un champs intéressante pour le design : absorber et dissoudre la complexité dans une nouvelle grammaire d’interaction, contextualisée, gestuelle, tactile, visuelle, où de nouvelles métaphores de représentation qui, pour certaine ambigües, pour d’autres explicites, aideront une conscience augmentée.
Quelques sont vos prévisions pour les prochaines années ?
On va voir encore se développer les services géo-localisés, bien sûr. Mais pour le moment, il y a peu de candidats pour des services gagnants. Four square a été la star fin 2009 et on en voit l’usage décroître aujourd’hui. La mécanique du jeu n’a pas été pertinente.
On voit dans la géolocalisation un champs de service à part entière, il y en aura beaucoup, mais l’enjeu me semble être la contextualisation des usages dans la mobilité. L’internet mobile peut commencer par chez moi. Par le simple fait que je cherche une information sur mon iPhone, je peux faire une recherche en rapport à ma localisation, et ça, ça n’était pas possible avec l’internet fixe.
La réalité augmentée va se développer aussi.
Le Lifelogging va aussi se développer également, de toutes évidences. Je suis convaincu du potentiel spectaculaire de ce nouveau champs de services […] L’enjeu de l’émergence de la traçabilité, c’est de rendre clair aux usagers l’usage de cse données, par exemple distinguer ce qui sera anonymisé et public et ce qui ne le sera pas. […]
En 2010, si la tablette Apple sort, ce sera peut-être aussi le début de l’internet mobile. Un iPhone en plus grand. Qui sait si cela ne sera pas un pas nouveau vers la mobilité, une forme de portabilité nouvelle. Je l’espère en tous cas avec une Sim. A suivre…
Le micropaiement et le paiement dans la mobilité vont aussi se développer en 2010. Square, qui a été lancé par le fondateur de Blogger et Twitter est un module qui se connecte sur le téléphone. Je pense que le micropaiement peut faire naitre de nouveaux modèles de business dans les télécoms.
On pourrait imaginer donner gratuitement des téléphones, mais en se rémunérant sur les commissions des transactions. […]
Et puis, on va également voir émerger les usages où l’interaction va se dissoudre dans le geste et notamment toutes ses interactions qui n’ont pas besoin d’un écran, avec un RFID, notamment. J’ai entendu dire que le prochain iPhone intégrerait probablement un RFID. Cela va être très intéressant.
« Les gens sont devenus plus enclins non seulement à publier des informations de différentes natures, ils le font également de manière encore plus ouverte et avec plus de personnes. La norme sociale a évolué avec le temps ».
Je penses que cela est profondément dépendant du modèle économique, « notre web » manque de concurrence et la vie privée en paye les conséquences.
Un bon internaute est-il un internaute transparent ? Je ne suis pas d’accord, les industriels doivent trouver des solutions plus intelligentes et honnêtes, d’un commun accord pour qu’il y ait un échange entre consommateur et opérateur.
Encore un plug in qui propose de diffuser l’information d’une plate forme « maître » vers de nombreux site « esclave ».
Comment représenter les échanges et la diffusion d’information en mettant en valeur le point de départ (création en dur des articles) et le parcours, rizhomatique, de ces derniers sur la toile ?
Xobni (Inbox à l’envers) est un plugin pour le logiciel de messagerie MS Outlook. Il en étend les options (pourtant déjà bien nombreuses) de fort belle manière.
Pourquoi j’aime Xobni. Ce n’est pas un outil de productivité à proprement parler, tel qu’une entreprise industrielle comme Microsoft le conçoit.
D’abord, il synthétise les informations sur les émetteurs des messages provenant du carnet d’adresse d’Outlook et en extrait d’autres du contenu des emails. Il les affiche et y ajoute automatiquement des données glanées sur les principaux réseaux sociaux, profession, localisation, photo. Il transforme ainsi les émetteurs en contacts.
Bien que Xobni propose des fonctionnalités plus productives comme la recherche optimisée d’emails ou de pièces jointe, l’une des plus intéressante est à mon avis l’affichage des statistiques des échanges avec la personne. A quelle heure échangeons-nous le plus de mails, quel est le rapport entre les mails envoyés/reçus, et en fonction du nombre de mail, quel classement par rapport a mes autres contacts… Bien que cela ne serve pas forcément à grand chose à priori, cette fonctionnalité personnifie l’émetteur. Le lien que j’entretiens avec lui est plus tangible. Je me le représente, je l’imagine. Il existe au delà de la teneur des informations que nous échangeons.
Autre fonctionnalité sympathique, la notion de réseau estimée sur la base des personnes qui sont en copie des emails qu’il m’envoie. Xobi en déduit des connexions. Cela m’aide aussi à positionner de cette personne par rapport à mes autres contacts.
Le lexique de l’interface est différent de celui du logiciel de messagerie. On ne parle pas de mails reçus, envoyés, de dates, d’objet, mais de conversations, d’échanges…
Oui, Xobni est bel et bien une antithèse d’Outlook, car au contraire du logiciel de Microsoft, il met les personnes et leurs relations au cœur de l’échange. Il transforme un outil de communication en réseau social. Et en plus, même mon boss l’utilise ;-)
et pour faire suite à la trop fameuse interview de eric schmidt, ceo de google, une réflexion de laurent haug qui refait surface: http://www.facebook.com/note.php?note_id=233070566255&id=731195360&ref=nf
Voici un article très intéressant du Figaro qui dresse un état des lieux des nouveaux usages de l’internet (mobile) lié à l’essor des téléphones dit « intelligent ».
Organisation de SON web, WEB 3.0, agrégateurs, réseaux sociaux… sont des thèmes au cœur de cette nouvelle année. Quelques liens tirés de l’article du Figaro :
Je me permet de mettre google chrome dans cette catégorie.
Cette nouvelle manière d’appréhender le web, grâce à la mobilité et la personnalisation de son espace sur le réseau (en sommes la définition de soi sur internet), donne différentes perspectives, pour nous Designers :
-Le filtre : réception d’informations en fonction de son mode de vie, de sa géolocalisation et surtout en fonction du modèle économique choisi par l’utilisateur (pub, degré d’intrusivité des marques dans sa vie privée, etc) peut être que 2010 nous offrira de nouvelles solutions dites globales coté opérateur : internet, tv, téléphone, e-commerce et peut-même que de nouveaux opérateurs vont naître en regroupant de plus en plus de services regroupés. Je rappelle que free va être le 4ème opérateur de téléphonie mobile en France en 2012.
-La E réputation : voici un article qui fait largement le bilan des site de E réputation
-le changement radical : Je ne prends pas beaucoup de risque en disant que tout cela est tout de même très fragile, il suffirait de naviguer sur internet en passant uniquement par les urls pour que google s’effondre, et il n’est pas impossible que d’autre moteur de recherche (web 3.0 ?) arrivent sur le marché et viennent proposer un autre service, basé sur une autre économie, pourquoi pas ? Avons nous un rapport affectif à google ? Google est-il si pertinent avec nos nouveaux modes de communication, mobile…?
Et si il n’y avais plus Facebook et Twitter ? La tendance est au pessimisme (comme d’habitude)
De nombreux blog parlent de saturation serveur et de hacking
Cela rejoint la E réputation mais allons-nous laissez différent services gérer nos identités numérique sou allons-nous devoir nous éduquer et prendre conscience collectivement que ce n’est plus un monde en parallèle mais bien un écho post moderne de notre société en pleine transition (cf : Stéphane Hugon).